Le monde entier a découvert son visage et sa dignité à l'automne 2O24, lors du procès de Mazan. Dans « Et la joie de vivre», récit sidérant et admirable, Gisèle Pelicot revient sur l'horreur des crimes qu'elle a subis et raconte pour la première fois son parcours. Elle se confie longuement, avec une franchise parfois désarmante et une liberté rare.
ÀL'AUTOMNE 2024, CHACUNE DE SES APPARITIONS AU PALAIS DE JUSTICE D'AVIGNON déclenchait des salves d'applaudissements. Des femmes venaient lui remettre des brassées de fleurs, certaines fondaient en larmes en la touchant, des centaines d'autres lui ont écrit des lettres bouleversantes. Son nom apparaissait sur des collages dans les rues de la ville, et son visage sur des fresques à l'autre bout de la planète. En refusant le huis clos, en ouvrant grand les portes du procès de Mazan, et en affrontant chaque jour, tête haute, les caméras du monde entier, Gisèle Pelicot, droguée par son mari et violée pendant son « sommeil » par des dizaines d'hommes, est devenue une icône. Elle qui avait jusqu'ici réservé sa parole à la salle d'audience se confie aujourd'hui à cœur ouvert dans un ouvrage déjà traduit en vingt-deux langues, « Et la joie de vivre » (éd. Flammarion). Un titre surprenant au premier abord, tant l'affaire des viols de Mazan fut une plongée dans l'abjection, mais qui s'éclaire à la lecture du récit : Gisèle Pelicot, « petit soldat du bonheur », y dévoile une vie jalonnée de drames et de deuils, qu'elle retrace en choisissant de rester joyeuse, quoi qu'il arrive.
PAR OLIVIA DE LAMBERTERIE ET CÉCILE OLLIVIER