Gazon béni pour un peu de répit. Depuis le 18 juin, les records qui se multiplient ne font froid que dans le dos. La barre des 40 °C est franchie à Angers, Rennes ou Bordeaux. La France affronte des nuits «tropicales», où le mercure ne redescend pas. Avec une moyenne de 21,6°C, celle du 22 au 23 juin a été la plus chaude jamais enregistrée. Les écoles ferment, l’économie tourne au ralenti. Dans un pays où plus d’un logement sur trois est une bouilloire thermique, l’impréparation à ces épisodes de plus en plus fréquents et prévisibles devient inexcusable. Le bilan humain à venir en offrira sans doute le dramatique reflet.
A cogne à Clisson, et pas seulement au niveau des décibels. Après tout, ici, la chaleur fait presque partie du décor. Demander à l’un des 280 000 festivaliers du Hellfest si les températures actuelles l’inquiètent revient à questionner le diable sur sa peur des flammes de l’enfer. Entre deux riffs énervés, on suffoque sans s’affoler. Les 45 °C ambiants ? Clément a trouvé la parade : « Y a qu’à aller s’abriter sous la forêt du Muscadet ! » Il ne s’agit pas d’une allégorie désignant des fûts de vin blanc, mais d’arbres, des vrais. Il y a quelques années, l’ONG Savage Lands en avait planté 1 500 pour permettre aux métalleux de descendre en température. Riche idée. Dans la foule, les bouteilles d’eau se mêlent aux demis. Appliquant les recommandations des autorités, le festival a interdit la vente de spiritueux et restreint celle de vin et de bière. Accentuant la déshydratation, l’alcool multiplie les risques de malaise. Un danger dont se charge déjà la flambée du thermomètre. Dimanche 21 juin, dans les 35 départements classés en vigilance rouge par Météo France, partout où la Fête de la musique n’a pas été annulée, la consommation d’alcool sur la voie publique a été interdite, avec plus ou moins de succès. À Paris, les 39 °C affichés n’ont pas réussi à assommer des milliers de fêtards. Beaucoup ont fini leur course et la nuit dans les clapotis du canal Saint-Martin, ouvert le 17 juin et pour la première fois à la baignade, en prévision des fortes chaleurs. Certains ont même traversé la Manche pour venir y plonger une tête, comme Sonia, une Londonienne de 27 ans : « En Angleterre, tout le monde parle de la Fête de la musique ! Je comprends pourquoi, l’ambiance est dingue ! »
PAR FLORENCE BROIZAT