Gala - LOANA UNE ÂME BRISÉE

Sa mort soudaine à 48 ans nous a bouleversés. Cette fille du Sud était devenue, il y a vingt-cinq ans, la première star de la télé-réalité en remportant Loft Story. Tour à tour fêtée, jalousée, adorée, moquée, Loana Petrucciani masquait une enfance douloureuse que les projecteurs d’une gloire éphémère n’étaient pas parvenus à remiser dans l’ombre. L’écrivain Fabrice Gaignault* revient sur cette comédie de rôles qui s’est achevée en tragédie prévisible.

La lumière s’est éteinte le 25 mars. Puisque, nous apprend son prénom, Loana signifie lumière en celte. Une lumière née un 4 août 1977 sous des ciels bleus d’une Méditerranée où le mistral chasse les nuages aux comportements d’intrus mal élevés. Ces nuages sombres qui, plus tard, envelopperont Loana, au point de lui tisser un linceul. Elle avait fait ses premiers pas à Cannes, cette ville qui a élevé les paillettes et leurs illusions au rang des beaux-arts. L’enfance, cette antichambre ouatée de la réalité adulte, ne le fut pas tout à fait pour cette jeune fille sensible aux contes de fées, rêvant d’un prince charmant pour terrasser les démons familiaux. Un frère ne suffisait pas pour la protéger, à l’adolescence, des engueulades à haute intensité entre un père pompiste et une mère au foyer. L’âge adulte, avec ses éclats de voix, ses coups, avait surgi sans passer par la case ado. Pas de temps pour cela. La jeune fille voyait ses espérances se déchirer comme on fend un rideau pour voir apparaître la réalité crue. La violence de darons enchaînés dans une relation toxique d’amour-haine, l’alcoolisme de son père et le crime d’inceste dont, bien plus tard, Loana révéla avoir été victime, acheva de briser à jamais l’illusion d’un bonheur parfait, pour reprendre le titre – ironique – d’un roman de James Salter. Ce qui avait été beau, ce qui aurait dû l’être avait été piétiné par les gamins qui l’avaient enfantée. Le père incestueux la traitant un jour de pute s’était évaporé lorsqu’elle avait à peine 16 ans, la mère, Violette, déserta le domicile familial l’année suivante. Loana s’était retrouvée face une inconnue, elle-même, agitée de tant de questions sans réponses puisqu’aucune autorité morale habitée de bons conseils n’était plus là. On est sérieuse quand on a 17 ans, contrairement à ce que disait Rimbaud. On rêve de ce que l’on n’a jamais eu, l’équilibre, la tendresse, la sécurité du grand amour. La joie de vivre, si l’on veut, sans l’aspect ravie de la crèche. Juste le désir de trouver cet état d’innocence jamais éprouvé. Un lourd fardeau tissé de malheurs s’assemblait sur ses épaules, la faisant par moments trébucher. Des troubles du comportement alimentaires, deux tentatives de suicide, déjà… La naissance d’une fille, Mindy, avec un amant de passage, allait-elle lui assurer enfin la stabilité ? L’enfant sera confiée à la DDASS très tôt, et elles ne tisseront jamais aucun lien. Une plaie ouverte, une de plus.

PAR FABRICE GAIGNAULT