Danser entre copines sans craindre les comportements sexistes, c'est la promesse des soirées La Bringue. Reportage au cœur d'une nuit interdite aux hommes.
DES CRIS D'ENCOURAGEMENT RÉSONNENT EN CHŒUR depuis le fond de la salle, baignée par les éclats d'une boule à facettes. Un grand cercle s'est formé sur la piste, au centre deux filles, en top lamé et minijupe, twerkent, rivalisant de dextérité. Elles enchaînent les mouvements de bassin, synchronisent leurs rythmes. Leurs fesses remuent à une vitesse qui dépasse l'entendement. Hypnotiques. Autour d'elles, des filles déchaînées par le spectacle montent dans les tours, les applaudissent. Les danseuses concluent leur prouesse par un grand écart au milieu du dance-floor et cèdent la place à d'autres intrépides. Angie, l'une des deux performeuses, a fait spécialement le trajet de Cannes à Marseille. Deux heures de bus et un retour prévu au petit matin pour pouvoir twerker en paix. Car ici, point de remarques graveleuses ni de regards insistants, La Bringue est une soirée non mixte réservée aux femmes. Ce soir, elles sont trois cents à Marseille pour une Glitter Party. À 22 heures, le bar Absolem, dans le quartier du port fraîchement réhabilité, fait le plein de paillettes. Les filles ont sorti le grand jeu : fourreaux argentés, crop tops irisés, robes transparentes brodées de fils dorés, combinaisons moulantes, jupes ultracourtes, brassières sexy. La peau est apparente, les formes s'affichent, les corps sont libres. « Quand il y a des mecs, on ne peut pas se lâcher, on a des barrières mentales parce qu'on a peur de ce qui va arriver, explique Marie, 25 ans, vendeuse dans le prêt-à-porter. On sait que si on danse comme ça, forcément ça va attirer les relous. Ici, si on twerke, nos copines twerkent avec nous, il n'y a aucun problème. »
CLAIRE GABY