1972-2024. Comment un groupuscule ultranationaliste s’est mué en un parti populiste établi.
Le 14 février 1984, le FN a fait irruption dans notre paysage pour ne plus en sortir, avec ses clans, ses scissions, ses querelles de famille. La veille, Jean-Marie Le Pen, fort de deux bons résultats municipaux à Dreux et à Aulnaysous-Bois, participait à sa première émission télé, L’Heure de vérité. La minute de vérité plutôt : en conclusion, il se lève et observe une minute de silence en mémoire des « millions de morts du goulag et de la répression stalinienne », alors que les communistes sont encore au gouvernement. Un sacré coup ! Marine a 15 ans, Marion naîtra cinq ans plus tard. Le lendemain, rue Bernoulli, à Paris 8e, au siège du petit parti, les deux permanents sont débordés par l’afflux de centaines de sympathisants : de 15 adhésions journalières, le FN passe à un millier. Beaucoup d’ex-RPR, séduits, qu’on enrôle illico pour aider à l’organisation. Dans la foulée, en vue des prochaines élections, les meetings s’enchaînent, deux par jour, la cravate frontiste se vend comme des petits pains, la montre Le Pen 100 % française est à 585 francs. Et le 17 juin 1984, il y a quarante ans exactement, aux européennes déjà, le FN percenationalement en récoltant plus de 10 % des votes. Plus rien ne sera comme avant.
PAR FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN ET CHARLES SAPIN