Phénomène Regain des agences matrimoniales, soirées entre célibataires et rencontres sans l'aide des algorithmes : ces derniers temps, la « déprime digitale » et le besoin de retour au réel semblent redéfinir, contre toute attente, les règles du jeu amoureux.
Un cocktail ginger beer-citron vert à la main, une cinquantaine de jeunes célibataires bavardent gaiement au cinquième étage du centre Pompidou, à Paris. Ils participent à un événement sans écran. Aucun dress code, mais une consigne suivie avec enthousiasme : pas de téléphone. L'objectif de la soirée est de passer un moment agréable, d'échanger… et, bien sûr, plus si affinités ! Tou·tes les participant·es sont venu·es dans ce but : se parler en chair et en os, sans smartphone interposé. Sophie, 24 ans, dont six à écumer les sites de rencontres, en a « vu défiler des mecs, ah ça oui ! ». Mais celle qui se décrit comme « une amoureuse de l'amour » en a « ras-le-bol », ce qu'elle veut désormais « c'est du réel ». Quentin a aussi fait le tour de la pratique numérique qui, après l'excitation des débuts, avait fini par se résumer à scroller sur les profils sans fin comme on enchaîne les réels sur TikTok, affalé dans son canapé. Passetemps obsessionnel, addictif et, au bout du compte, « totalement déprimant ». Ces vingtenaires et trentenaires, pour qui les applications de rencontres en ligne faisaient souvent partie intégrante du mode de vie, confessent une saturation de Tinder, Fruitz, Hinge, adopte, happn, Feels, etc.
Par Laure MARCHAND