Découverte à l’aube des yé-yé avec «Tous les garçons et les filles», la chanteuse timide et longiligne, icône sixties à la voix fragile, était devenue au fil du temps une solitaire cultivant sa mélancolie. Elle est morte à 80 ans.
«Oui mais moi, je vais seule, par les rues, l’âme en peine. Oui mais moi, je vais seule, car personne ne m’aime.» Nous sommes à l’été 1967 quand au cœur des foyers français les téléviseurs diffusent un reportage à propos d’une jeune chanteuse en plein boom de notoriété chez les yé-yé. Cheveux châtains, silhouette longiligne vêtue d’un rien de spleen, elle répond à la question suivante : «Quand vous vous regardez le matin dans la glace, comment vous vous imaginez à l’intérieur de votre tête ?» Dubitative : «Bah quand je me vois dans la glace je vois l’extérieur…» Le journaliste insiste : «Mais l’intérieur, comment vous vous l’imaginez ?» Avec nonchalance, elle lâche : «Oh je n’y pense pas, j’y pense rarement. J’aime autant y penser le moins possible.» Puis soudain, les yeux dans le vague, déjà loin, elle ajoute : «Ça me fait peur… J’ai peur du vide que je risque d’y trouver.»
Par Jérémy Piette