Entrée inconnue au tribunal d’Avignon il y a 82 jours, cette femme de 71 ans est devenue une icône. Elle a vécu le pire et suscité le meilleur. Coulisses.
LA SÉANCE EST LEVÉE, mais pour une fois Gisèle Pelicot prend son temps, comme libérée d’un poids maintenant que ses deux avocats ont livré face à la cour leur plaidoirie. En enfilant son manteau noir ce mercredi après-midi, elle regagne la sortie avec Me Babonneau : « Il m’a fait craquer. Ça va, j’ai pas mon Rimmel qui coule ? » Lorsqu’elle l’a écouté retracer cinquante ans de sa vie avec son mari Dominique, jusqu’au « tsunami qui engloutit tout en l’espace d’un instant, transformant l’harmonie en chaos », elle n’a pas pu retenir ses larmes. Mais ce lâcher-prise a été bref. Parce qu’elle sait bien en franchissant cette porte de la cour criminelle qu’elle est attendue, comme chaque jour, par un mur massif de caméras et des applaudissements nourris de femmes venues l’encourager et pleurer avec elle. C’est aussi beau à voir que lourd à porter. Quelques mètres derrière elle, l’un des 51 accusés s’autorise une blague : « Arrêtez, arrêtez, vous aurez un autographe après. »
CAROLINE VIGOUREUX