Libération - «On ne s’est pas demandé si cette histoire apporterait le succès ou la ruine»

Collaborateurs réguliers et époux, Brady Corbet et Mona Fastvold ont cosigné le scénario de «The Brutalist» en marge du système hollywoodien avant de le réaliser pour un budget dérisoire.

Sans doute qu’un film tel que The Brutalist n’aurait pas pu voir le jour dans d’autres circonstances. A savoir, les nuits blanches de deux cinéastes au profil aussi singulier l’un que l’autre, elle norvégienne, scénariste et comédienne, lui américain, comédien et scénariste, qui, harassés de boulots alimentaires, ont trouvé le temps de composer ensemble le film de toute une vie. Le film qui aura changé la carrière des époux Mona Fastvold et Brady Corbet en tout cas, fresque enfiévrée, inspirée par des années de recherches autant que leur plus stricte intimité, d’un architecte hongrois rescapé de la Shoah et de son épouse exilés dans un recoin de l’Amérique à l’aube de sa toute-puissance, 3 h 35 en deux parties séparées par un entracte, et autant de fenêtres ouvertes que dans un roman gigantesque sur le trauma, l’absolutisme, l’art, le capitalisme, le secret, l’humanisme, l’abysse ou la sauvagerie. Ahuris, toujours, après des mois à battre la campagne, de l’effet produit par leur odyssée, ils ont répondu avec enthousiasme à nos questions. Pressentant que l’effet bénéfique de ce film fou, qui redonne foi en l’avenir d’un cinéma américain jusqu’au-boutiste et libéré, délivré des cols blancs des studios et des banquiers, pourrait aller au-delà du public - aider l’industrie et les artistes à un moment charnière de leur histoire, à se souvenir du bien-fondé de leur indépendance.

Recueilli par Olivier Lamm