Cet été, la France accueillait le dernier Mission impossible, subissait les chaleurs caniculaires et découvrait… le cadmium. Métal lourd présent dans 79% des échantillons alimentaires testés dans l’Hexagone, dont le chocolat noir, les crustacés, le pain et les céréales de petit déjeuner, il est décrit comme extrêmement nocif. Pourquoi ne s’en rend-on compte que maintenant? Les scientifiques qui tentent d’alerter depuis des années racontent.
C’est inscrit dans les gènes de Pierre Souvet, comme le fait de courser les chevreuils est gravé dans ceux des beagles: il ne peut pas s’empêcher de regarder les étiquettes de tout ce qu’il touche. Il le fait sans même s’en rendre compte, ne maîtrisant ni sa main qui se saisit du produit ni ses yeux bleus qui déshabillent la liste des composants. Prenez ce gobelet en carton, par exemple. Posé par commodité à côté d’une machine à café de l’école des Mines de Paris, pépinière de l’élite des ingénieurs de demain, le voilà soumis à l’intransigeant radar Souvet. “Ah ça, c’est issu de forêts durables, dit le cardiologue à la retraite en pointant le sigle “PEFC”. Rien en ce qui concerne la composition. Si c’est du polyéthylène, c’est le moins mauvais. Mais ce n’est pas marqué.” Souvet époussette son costume bleu sombre, déguisement qui ne lui ressemble pas mais qu’il sort, à regret, quand sa fonction l’y oblige. Ce jour-là, il donne une conférence pour les étudiants en dernière année des Mines –la troisième– sur un thème qu’il connaît comme sa poche: “Santé environnementale: quels défis?” Laissez faire, c’est un professionnel. Informer, alerter, conseiller, Souvet fait ça depuis des années. À force, il est devenu “Monsieur Cadmium”, le spécialiste d’un polluant dont il dénonce les effets depuis quatre ans dans l’indifférence générale, et pour lequel, désormais, on s’arrache sa présence. Toujours entre deux villes, toujours entre deux trains, le voilà aujourd’hui à Paris, hier à Douai, Colmar, Obernai, demain à Montpellier, Lyon, Rouen. Comme Michel Fugain et Anne Roumanoff, il a fait le Palais des congrès de Toulon. “Je suis un grand malade, prévient-il. J’habite à Pélissanne, près de Marseille. J’ai à peine eu le temps de rentrer hier soir avant de repartir ce matin. J’ai quand même fait la bise à 6h, hein!” Dix-sept interventions publiques entre le 15 septembre dernier et le 31 octobre prochain. Une fois, il n’a même pas eu le temps de laver ses chemises ; il s’est présenté devant un parterre de médecins vêtu de son haut de pyjama. Il précise: “Joli, hein. Blanc à manches longues.” Le conférencier pénètre dans l’amphithéâtre Henri-Poincaré. Ça sent les cerveaux qui fument, les jeunes ont le nez dans leur ordinateur. Il sait que les premières secondes d’une prise de parole comptent double. Elles donnent le ton de l’heure à venir. Et envie, ou non, à votre public de vous écouter lui dire qu’il risque de mourir d’ici peu.
PAR THÉO DENMAT PHOTOS: STUDIO SAGA POUR SOCIETY