Libération - KYLIAN MBAPPÉ Le poids du Mondial sur les épaules

De par sa stature et son brassard de capitaine, l’attaquant de l’équipe de France est l’incontournable point nodal de la sélection pour la Coupe du monde américaine, qui débute ce jeudi. Il en tient les clés de la réussite comme il sera comptable de son échec.

Si le foot est, au fond, aussi obscur que les racines du monothéisme, on n’y voit jamais aussi clair que lors des entraînements des Bleus quand ceux-ci tirent à leur fin ; westerns délestés d’une forme de réserve initiale puisque le foot, le plaisir mais aussi la manière dont le vestiaire est constitué, les liens sociaux qui tiennent l’édifice, remontent en surface. Et ces moments-là tournent tous autour de Kylian Mbappé. Mbappé qui charrie celui qui passe, Mbappé qui reçoit les doléances de coéquipiers («Mon fils veut ton maillot», lâché par un Marcus Thuram mi-sérieux, mi-chambreur), Mbappé qui arbitre les petits matchs auxquels lui-même participe. Et Mbappé qui, toujours, reste le dernier lors des exercices de frappes qui concluent les séances, celui qui échoue ralliant le bord de touche. Dans le cadre bucolique de Clairefontaine, quelque chose détonne alors. Cette exécution froide, d’une régularité mécanique, de tirs finissant deux fois sur trois en poteau rentrant, intouchables pour les trois gardiens qui se succèdent : boum (la frappe), cling (le poteau), swich (le filet), ad nauseam. Et le respect muet d’équipiers plastronnant pourtant dans les plus grands clubs du monde, pour faire écho au côté brutal, implacable, de Mbappé quand le jeu le rapproche du but. Par quel bout qu’on veuille le prendre, il n’est pas dans leur monde, pas plus sur une pelouse qu’en dehors.

Par Grégory Schneider