Chaque été, il y a les juilletistes et les aoûtiens. Et tous les cinq ans, il y a les politiques. En pleine saison du farniente, tout ce que la France compte de candidats à l’élection présidentielle s’active. La torpeur estivale sert de rampe de lancement pour les outsiders, de chausse‑trappe pour les favoris et de période de réflexion pour les indécis. Comment Tondelier, Attal, Philippe, Glucksmann et quelques autres ont‑ils traversé l’été? À l’heure de la rentrée, bilan des opérations.
Mais que fait‑elle là? À picorer des bouts de fromage de chèvre sur la terrasse d’un hôtel Ibis, avec vue sur une ravissante zone d’activités commerciales et sur une voie rapide, à la sortie nord‑est de Niort? Un samedi soir de fin juillet, sous un énième pic de chaleur, à sept mois de grossesse? Marine Tondelier ne se pose pas la question. Elle est en mission, avec une candidature à la prochaine présidentielle à défendre. “Pour l’écologie, pour l’union”, son slogan de l’été, qu’elle répète tel un mantra. Comme pour se donner du courage devant ces deux objectifs, chacun bien mal embarqué: pour le premier, on pourrait encore espérer que le cru apocalyptique de l’été 2026 fasse a minima piqûre de rappel. Mais pour le second, l’affaire semble pliée, ses rêves d’union écrabouillés entre les insoumis et les socialistes, qui ont tous deux fermé la porte à une candidature de rassemblement de la gauche. “Et j’attends avec impatience le moment où la seule nana qui prône l’union depuis le départ va se faire embrouiller par les deux mecs (Mélenchon et Glucksmann, ndlr) qui n’ont jamais rien voulu entendre et qui vont ensuite expliquer que tout est de sa faute!” maugrée celle qui fut l’une des architectes, avec succès à l’époque, de la coalition du Nouveau Front populaire lors des législatives anticipées il y a deux ans. Mais la patronne des Écologistes n’est pas du genre à se laisser abattre. Pour attaquer l’été 2026, le dernier avant l’échéance fatidique, elle a loué un petit utilitaire, qu’elle a fait appeler “van”, évidemment électrique. Elle a fait confectionner une banderole magnétique qu’elle a placardée sur la portière coulissante, avec l’inscription “Le tour de France de Marine Tondelier –5 000 km, zéro carbone, 100% terrain”. Et elle a pris la route, un mois durant, à partir de la fin juin. C’est qu’il n’y a pas de temps à perdre face au rouleau compresseur de cette campagne qui s’est déjà mis en branle. Ce samedi 25 juillet, la journée fut encore bien remplie, avec un tour au pas de course du marché de Poitiers, une interview avec une chaîne de télé locale, quelques minutes les pieds dans l’eau, ou ce qu’il en reste, pour alerter sur l’étiage inquiétant du Clain, la rivière qui traverse la cité poitevine, avant un pique‑nique aux tartes végé de Chantal, une visite aux Fiertés rurales (aussi appelées “Pride des campagnes”) à Chenevelles, et un dodo bien mérité du côté de Niort. L’écologiste a plutôt l’air d’aimer ça: “Je suis une professionnelle du camping!” assure‑t‑elle en exhibant son tube de lessive liquide. Et que l’on se rassure, tout va bien du côté de son “joli petit ventre rond” dont s’enquièrent parfois les passants. Tant pis si, comme elle le concède elle‑même, “le chemin de la victoire, en l’état, [elle] ne le voi[t] pas!” Le lendemain, alors que Tondelier devait se diriger vers la Gironde pour y conclure son tour de France, les incendies l’obligent finalement à mettre pied à terre. La voici donc en congés anticipés, quand bien même elle n’a pas vraiment “prévu de partir en vacances”. Quelques semaines plus tard, Elon Musk viendra perturber sa quiétude aoûtienne, en demandant expressément son arrestation pour “trahison contre la France” après qu’elle a menacé de réclamer l’interdiction de son réseau social X en cas d’ingérence pendant la campagne. Preuve s’il en est que la torpeur estivale ne gagne jamais bien longtemps les prétendants au trône. Le dernier été avant une campagne présidentielle pose toujours un dilemme qui agite les spin doctors de tous bords. Faut‑il couper et prendre des forces, ou bien accélérer? Accepter la baisse de régime généralisée, les transistors et les télés qui s’éteignent à l’heure du farniente, et tirer soi‑même le rideau pendant quelques semaines? Ou au contraire, profiter du trou d’air pour occuper le champ libre, imposer son propre rythme, ses idées et son image, et espérer créer une dynamique? Existe‑t‑il seulement une bonne manière de se préparer à cette élection (premier tour le 18 avril 2027, second le 2 mai) qui s’annonce à la fois inédite par le nombre de candidats présumés ou déclarés (27 selon L’Obs en juin, et jusqu’à 40 recensés par Le JDD en juillet), et terrifiante, si l’on admet que l’extrême droite n’a jamais semblé aussi proche du pouvoir? Jamais, peut‑être, à neuf mois du scrutin décisif, une telle cacophonie n’avait semblé régner dans tous les camps de l’échiquier politique: combien de divisions à gauche? Et à droite? Et qui portera l’héritage du macronisme? Même les observateurs les plus avisés de la vie politique française finissent par en perdre leur latin: “À ce stade, la configuration de cette élection reste particulièrement incertaine, pour ne pas dire illisible, mais il y a fort à parier qu’elle ne ressemblera à aucune autre”, témoigne Jérémie Peltier, codirecteur général de la Fondation Jean‑Jaurès.
PAR JOACHIM BARBIER ET BARNABÉ BINCTIN