L’épidémiologiste et chroniqueur pour L’Express fait le point sur ce que l’on sait déjà et ce que l’on ignore encore au sujet de ce virus.
Une des leçons que l’on a pu tirer de la pandémie de Covid-19 a été l’évolution rapide des connaissances au fil du temps. Depuis l’émergence de cet hantavirus à bord du navire MV Hondius, nous en avons déjà appris beaucoup. On a su d’abord la nature du virus qui en était à l’origine, puis, en l’absence de rats à bord, on a suspecté une transmission interhumaine et donc la circulation de l’hantavirus des Andes. Ce virus a déjà causé plusieurs petits foyers épidémiques dont un en Argentine en 2018-2019, documenté depuis dans la revue New England Journal of Medicine. Parmi les 34 personnes infectées, aucune n’était asymptomatique, toutes avaient au moins de la fièvre. Plus de la moitié des patients étaient atteints de formes sévères d’infection pulmonaire nécessitant des soins intensifs. Les autres souffraient de formes cliniques requérant une oxygénothérapie en milieu hospitalier. La durée d’incubation de la maladie varie de huit à quarante jours et peut-être plus. Le décès survient pour 32 % des cas, ce qui est une létalité très élevée. S’il semble y avoir peu de formes asymptomatiques ou même pauci-symptomatiques de l’infection, on ne sait pas si les personnes infectées sont contagieuses durant leur période d’incubation, c’est-à-dire avant de déclarer leurs premiers symptômes. Le 11 mai, le cas d’un passager nord-américain, probablement en phase d’incubation, nous a appris qu’il était possible d’être positif sans aucun symptôme. En l’absence de signes cliniques, on ne peut pas se fier aux résultats d’un test PCR négatif pour savoir si une personne a été infectée.
Pr Antoine Flahault*