Libération - De guerres en Gaule

Simon Abkarian Né en France d’ascendance arménienne, l’acteur, élevé au Liban et familier de l’exil et des tragédies, prête sa stature au général de Gaulle.

Le général de Gaulle est né à Beyrouth. Ou peut-être était-ce Mycènes, Los Angeles ou Jérusalem, ces villes que Simon Abkarian a hantées en Oreste, sertisseur de bijoux sans papier ou mari entêté. Une vérité se cache dans tout ça, mais laquelle ? L’interprète du grand Charles a son lot de pistes brouillées. Avant d’incarner le Français le plus révéré du XXe siècle dans un diptyque aux 75 millions d’euros de budget, il a prêté ses traits à l’opposant marocain Mehdi Ben Barka, puis à celui qui voulait sa mort, le général Oufkir. Au résistant arménien Missak Manouchian pour Robert Guédiguian, comme à un colonel afghan d’opérette dans la série Kaboul Kitchen. Palimpseste d’identités, de langues vraiment parlées - «français, arménien, anglais, un peu l’arabe, un peu le turc. Je baragouine l’espagnol, l’italien, un tout petit peu le grec» - ou apprises phonétiquement : l’hébreu et l’afghan. «Là, je suis en train de regarder comme un dingue des séries coréennes. Ça commence à rentrer, je vois des mots turciques, je les reconnais, les Mongols sont passés par là.» En l’observant dans la suite d’un hôtel de luxe du XVIe arrondissement de Paris, polo bleu ciel, veste beige, on se creuse la tête à la recherche d’un autre acteur imaginable dans tant de nationalités. Il minimise ses mérites, souligne l’avantage comparatif de l’arménien, cette langue aux 36 lettres qui lui permet de maîtriser des sonorités hors de portée d’un francophone ou d’un anglo-saxon, se retranche derrière son physique méditerranéen : «Vous y mettez un peu de mains, vous parlez fort, et le tour est joué.»

Par Jean-Baptiste Daoulas Photo Jérôme Bonnet