Futur - La captologie, l’art de piéger notre cerveau

Au croisement de la psychologie comportementale, des sciences cognitives, de l’informatique et du design, la « captologie » innerve les réseaux sociaux, applications et sites de commerce en ligne. Son objectif : capter nos pensées et modifier nos comportements, souvent à notre insu. Une discipline qui doit beaucoup à B.J. Fogg, « l’homme qui fabrique des millionnaires ».

TOUTE LÉGENDE A BESOIN DE SON ANECDOTE fondatrice. Celle de Brian Jeffrey (« B.J. ») Fogg pourrait débuter à l’automne 2007. Facebook est alors un jeune réseau social, fort d’une centaine de millions d’utilisateurs, mais loin des 3 milliards qu’il revendique aujourd’hui. B.J. Fogg, lui, a créé en 1998 un centre de recherche unique en son genre, le Stanford Captology Lab, qui deviendra par la suite le Stanford Behavior Design Lab, installé dans l’université du même nom, au cœur de la Silicon Valley. Depuis une décennie, il explore les façons dont l’informatique peut contribuer à transformer nos comportements, nos habitudes et nos pensées. En cette année 2007, Facebook a décidé d’ouvrir sa plateforme aux développeurs extérieurs, qui peuvent désormais concevoir des applications et jeux pour le réseau social, et c’est précisément l’exercice pratique auquel doivent s’atteler les soixante-quinze étudiants du professeur Fogg. En suivant ses préceptes et en une dizaine de semaines seulement, ils parviennent à élaborer plusieurs applications qui agrègent 16 millions d’utilisateurs et génèrent plus de 1 million de dollars de revenus publicitaires. La légende B.J. Fogg est en marche, et le chercheur décrète l’entrée dans une nouvelle ère : celle de la « Mass Interpersonal Persuasion ». Un âge où une poignée d’individus, grâce aux outils numériques, pourront convertir des masses à leur point de vue.

Texte Fabien Benoit