Figure du mouvement #MeToo au Japon, la réalisatrice a enquêté sur le viol qu’elle a subi par un journaliste proche du premier ministre japonais. Elle a notamment documenté la façon dont la police et la société japonaises y ont réagi. Après un livre éponyme, son film Black Box Diaries a été nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film documentaire. Il est diffusé partout dans le monde sauf au Japon, pays qu’elle a dû quitter après sa prise de parole.
uand je suis allée voir la police, à l’époque, les agents n’avaient pas de tests pour savoir si j’avais été droguée. Je savais que je n’avais pas tant bu et je me suis demandé comment il était possible que je ne me souvienne de rien. Je savais aussi que je n’étais pas consentante. Je voulais enquêter sur ce dont je ne me souvenais pas, en interrogeant ceux qui auraient pu me croiser ce soir-là, comme le chauffeur de taxi qui nous a conduits à l’hôtel, mon agresseur et moi. Au fur et à mesure, j’ai compris que la vérité avait différents aspects et que chacun pouvait avoir sa vision. Plus largement, l’une des vérités que je cherche est celle du pouvoir. Je voulais savoir pourquoi l’arrestation de mon agresseur avait été stoppée. Cela se produit-il souvent ? Si c’est le cas, c’est un problème. Je n’ai pas eu de réponse, pas d’explication. Il y a ensuite la vérité judiciaire. Je ne l’ai pas tellement décrit dans le film, mais mon affaire pénale a été classée. En raison du grand nombre de preuves, nous avons essayé d’intenter une action au civil. Il a été jugé qu’il y avait eu une activité sexuelle sans consentement de ma part, ce qui signifie un viol. C’est l’une des vérités. Mais la définition du viol pose encore un énorme problème.
PAULINE MIGEVANT