Ce mot banal désigne la femme comme coupable des désirs masculins. Et des violences qu'elle subit ? Dans un essai brillant, la philosophe Christine van Geen déconstruit le mythe.
ALLUMEUSE ? « Nom féminin péjoratif, femme aguichante, qui cherche à susciter le désir. » Voilà une définition du « Petit Robert » qui n'apprendra rien à personne, tant ce mythe féminin est ancré dans l'inconscient collectif. On peut dire aussi vamp, aguicheuse, pute, chaudasse, meuf qui chauffe… Toujours sexiste et infamant, le vocabulaire varie selon les époques, mais la figure de la séductrice, qu'elle couche ou qu'elle ne couche pas, persiste depuis la nuit des temps… Non sans susciter une interrogation simple : pourquoi diable serait-il disqualifiant de vouloir plaire ? Pourquoi se retrouver accusée par un mot qui n'a pas d'équivalent au masculin ? Coupable de quoi au juste ? Combien de filles seront-elles encore insultées, parfois harcelées dès le collège, pour avoir voulu séduire ? Pour comprendre, il faut se plonger dans « Allumeuse. Genèse d'un mythe » de Christine van Geen (éd. Seuil). Les livres estampillés féministes pullulent dans les librairies. Tous n'ont pas un intérêt décisif, mais celui-ci, qui a déjà été repéré par la romancière fine mouche Lola Lafon, éclaire le mouvement #MeToo d'une manière inédite. Sa lecture produit une prise de conscience.
DOROTHÉE WERNER