LVMH, Disney, Plaza Athénée… Les grands noms qui collaborent avec le chef, visé par une enquête pour violences conjugales et qui a annoncé sa mise en retrait, restent mutiques sur l’état réel de leurs relations, malgré leur engagement affiché pour l’égalité des genres. Les victimes dénoncent une vaste hypocrisie.
Black-out. C’est la stratégie qui prédomine chez les restaurants associés à Jean Imbert depuis la mise en retrait du chef étoilé, visé par une enquête pour violences conjugales. Le vainqueur de Top Chef 2012, qui s’était fait discret depuis les révélations du magazine Elle, le 23 avril, est sorti de son silence la semaine dernière, annonçant (en story éphémère) à son demi-million d’abonnés sur Instagram se «mettre en retrait de [s]es établissements, le temps que la justice fasse son travail», «par respect» pour ses collaborateurs. En quelques années, Jean Imbert, que Libé avait rencontré pour un portrait en 2015, était devenu «le symbole food de la "french touch"». Un «Alain Ducasse en plus cool», analysait en mars le journaliste culinaire Ezéchiel Zérah - sans les trois étoiles de son prédécesseur au Plaza Athénée. Pour celui parfois surnommé «le chef des stars» en raison de sa proximité avec les célébrités, tout s’est accéléré à la fin de l’été avec l’ouverture d’une enquête pour violences sur conjoint. Une ancienne compagne, qui avait témoigné dans Elle de violences physiques et psychologiques aux côtés de trois autres ex, dépose plainte. Lila Salet l’accuse notamment de gifles à répétition au cours de leur relation, en 2012-2013, et de l’avoir séquestrée lors d’un week-end à Florence. Des faits que le chef de 44 ans nie en bloc, par l’intermédiaire de ses avocates, qui mettent en avant l’existence d’«éléments matériels précis» permettant de prouver son innocence. Les faits seraient par ailleurs prescrits, souligne la défense - ce qui n’empêche pas une enquête, notamment pour identifier d’autres victimes potentielles, nombreuses selon celles déjà déclarées.
Par Juliette Deborde et Emilie Laystary