Marie Claire - La vie en enfer des LGBT russes

Durcissement de la législation, criminalisation de la communauté queer, agressions et désinvolture de l'appareil policier : depuis quelques années, et surtout depuis l'invasion de l'Ukraine, gays, lesbiennes ou trans vivent sous pression constante au pays de Vladimir Poutine.

Lad, 21 ans, vit à Saint-Pétersbourg. Le 4 juillet 2025, à la recherche d'une aventure d'un soir, il publie une annonce sur un groupe de rencontres Telegram : « Je t'invite, j'ai de la place. Étudiant, 21 ans. » Le premier rendez-vous tombe à l'eau, il trouve un autre partenaire. Dans le message envoyé à sa meilleure amie, il plaisante : « Un inconnu m'a fait faux bond, j'en attends un autre ; si celui-ci ne vient pas, je rentre au monastère. » À 2 heures du matin, Vlad appelle, en vain, sa mère mais aussi des amis et des collègues, demandant à deux d'entre eux un prêt de 15 000 roubles (164 €). Ils refusent, trouvant la demande étrange. Une demi-heure plus tard, il chute de la fenêtre de son appartement situé au septième étage. À l'hôpital, il déclare aux médecins, avant de mourir : « Je l'ai vu. » Ses ami·es et sa mère, Olga, affirment que la mort de Vlad n'est pas accidentelle : il a été tué après avoir été piégé comme des dizaines de personnes LGBT en Russie, ciblées parce qu'elles sont peu susceptibles de porter plainte. Bien qu'Olga ait adressé une plainte sur le site officiel du président Poutine et au directeur du Comité d'enquête, huit mois après la mort de Vlad, aucune procédure criminelle n'a été engagée. Pire, selon la fondation Sphere, une ONG qui soutient les personnes LGBT en Russie, les cas de persécutions par les forces de l'ordre ont fortement augmenté depuis l'invasion de l'Ukraine, atteignant un pic en 2024. « Le plus souvent, il s'agit de violences gratuites accompagnées d'insultes homophobes lors de descentes de police, y compris à l'occasion de soirées LGBT », déclare l'un des coordinateurs de l'ONG qui souhaite garder l'anonymat. En 2025, le nombre d'appels à Sfera a diminué, un déclin que l'ONG associe au durcissement de la législation russe. « On hésite à nous contacter en raison des informations faisant état de poursuites judiciaires pour collaboration avec des “organisations extrémistes” et d'amendes pour l'affichage de drapeaux arc-en-ciel sur les réseaux sociaux. » Depuis le début de la guerre, les restrictions imposées à la communauté LGBT ont été renforcées. En décembre 2022, l'interdiction de la « propagande LGBT » auprès des mineur·es a été étendue aux majeur·es. En juillet 2023, l'État a instauré une nouvelle loi interdisant la transition de genre et, en novembre, les autorités ont qualifié le « mouvement LGBT international » d'organisation extrémiste.

Ivan SMUROV,journaliste du média indépendant russe Verstka TraductionCatherine DURANDPhotosLara MEILE