Trek Magazine - GUYANE

« Retrouver le lien avec la nature » est devenu un leitmotiv qui résonne dans certains médias comme un mantra. Une injonction abstraite qui laisse hagards bien des citadins, a fortiori les plus jeunes. Un engagement surréaliste ici, en Guyane française, où « la nature » est omniprésente, omnipotente. Bienvenue dans un monde, farouchement vivant, qui se découvre… à pied !

Peu d’endroits au monde suscitent autant de fantasmes d’aventures romanesques, d’épopées aurifères ou de périlleuses tribulations que la Guyane française. Un imaginaire qui traverse les siècles, nourri par les récits auto-biographiques du jeune Raymond Maufrais, explorateur de 23 ans disparu dans la jungle guyanaise lors d’une expédition en solitaire vers les monts Tumuk-Humac, en 1949. « Allons garçon […] tu vis là la plus belle aventure de ta vie […] marche pieds nus, vêtu du simple calimbé […] couche-toi quand tu as faim et tâche de dormir, écoute le cri du crapaud-buffle, l’appel des singes rouges ; songe que tu es en brousse et que tu cours les bois pour vivre librement et t’instruire encore », se voit-il conseillé alors qu’il souffre d’une logistique difficile à mettre en place pour l’époque. Forêt équatoriale au parfum d’infini, rebondissant d’un horizon à l’autre, de talwegs en inselbergs, quittons l’Atlantique qu’elle peint aux ocres de ses alluvions et plongeons dans cet océan chlorophylle, tantôt foisonnant de chants, de stridulations et de cris, tantôt silencieux avant l’averse, le grain, les trombes et la furie. Couleurs saturées, air gorgé d’humidité, canopée luxuriante inondée de soleil, bas-fonds lianescents, ici impénétrables, là ouverts et à étages fuyants vers la lumière. Tout transpire la pulsion de vie à l’état brut ; végétaux, insectes, reptiles, papillons, grands mammifères : chacun sur le qui-vive veille à sa survie.

Texte & photos : Aurélien Brusini