Il n’a jamais été aussi seul. Celui dont les chansons et les films accompagnent les Français depuis quarante ans voit les soutiens se raréfier à mesure que les témoignages s’accumulent. Après des masseuses en 2019, d’autres femmes, dans la musique ou le cinéma, affirment avoir subi des violences sexuelles de la part de Patrick Bruel. Au moins huit plaintes ont été déposées. En centralisant les enquêtes, le parquet de Nanterre pourrait lever la prescription de certains cas. À 67 ans, l’ex-gendre idéal nie en bloc. Et compte bien maintenir sa prochaine tournée.
Il ne circule désormais sur son scooter que visière baissée. Une visière opaque qui masque son visage, protège son regard, son fameux regard… Patrick Bruel file dès la sortie du théâtre Édouard-VII dans la nuit de Paris, tel un Daft Punk indifférent à l’air printanier qui envahit la capitale. Ce n’est pas qu’il ait peur, non. Il est plutôt combatif. Il a même hâte de faire face à la justice, disent ses proches. Mais cela prendra du temps avant qu’il soit jugé, suite à la multitude de plaintes qui s’accumulent à son encontre, déclenchant plusieurs enquêtes… Des femmes qui l’accusent de viol, de tentative de viol, d’agression sexuelle, faits qu’il conteste. Des femmes dont la parole, enfin, se libère. Comme Nadège, qui se souvient de son regard précis, chirurgical, qui la déshabille de haut en bas. Cette employée d’une maison de disques française croise sa route pour la première fois lors d’une émission de télévision. « Il est entré dans la loge de l’artiste avec lequel je me trouvais et il m’a dévisagée, raconte-t-elle. Jamais je n’avais senti un regard aussi gênant sur moi. Mais quand il s’est aperçu que j’étais avec mon mari, je ne l’ai plus du tout intéressé. » Dans la tête de Patrick Bruel, on ne s’attaque pas à une femme mariée. Encore moins quand elle l’est à un homme connu. Alors, il se détourne.
Enquête Benjamin Locoge et Laurence Pieau