ENQUÊTE En janvier 2018, après une dernière aventure à Bordeaux, Jérémy Toulalan quittait dans un drôle de silence le monde d’un foot pro qui n’a jamais vraiment été fait pour lui. Pourquoi comme ça? Et que devient-il? Récit d’une traque.
Assis devant une assiette de gnocchis, à la table du Louis Blanc, un resto nantais des bords de Loire, Olivier Cailler savoure sa prise comme d’autres célèbrent la prise d’un sandre. Le documentariste pourrait flamber, mais ce n’est pas le genre du bonhomme. Lui remercie plutôt “le fruit du hasard”. Ancien correspondant à Nantes pour RMC, puis vidéaste chez les Canaris au cours des années 2000, le quadra déroule alors le fil d’une idée qu’il a eu au printemps 2018: faire revivre la saison 1994-95 du FC Nantes, notamment célèbre pour son record d’invincibilité de 32 matchs consécutifs sans voir la défaite, jusqu’à un déplacement à Strasbourg, le 15 avril. Cette histoire ayant déjà été écrite des centaines de fois, et tous les acteurs ayant déjà vidé l’intégralité de leur stock à anecdotes, comment surprendre à l’écran? La réponse tombe le 20 avril 2023, en seconde partie de soirée, sur France 3 Pays de la Loire, au moment de la diffusion du projet, Le record inégalé. Après quinze minutes et sept secondes, les téléspectateurs écarquillent les yeux en voyant s’afficher à l’écran le visage d’un homme porté disparu depuis le 18 janvier 2018, date de son départ des Girondins de Bordeaux. Jérémy Toulalan, 36 sélections avec les Bleus, 381 matchs de ligue 1, 58 de ligue des champions et 44 de Liga, apparaît en short et en polo, bronzé, assis sur la terrasse d’une belle baraque à tuiles de Loire-Atlantique. L’air de rien, lors de cette interview donnée chez lui, à Vertou, commune résidentielle du vignoble nantais où les pierres claires des maisons cossues obligent à plisser les yeux quand le soleil tape, il évoque sa fascination pour Japhet N’Doram, sa passion pour la bande à Coco Suaudeau et son amour d’un foot où “tout le monde fait les efforts”. Depuis, rideau. Plus personne ne l’a revu apparaître publiquement, hormis quelques chanceux, début 2025, lors d’un Nantes-OL à la Beaujoire, où le double champion de France, 2007 et 2008, aura passé sa soirée à fuir les regards, lui qui n’était plus revenu dans les tribunes du stade de son club formateur depuis un paquet d’années. Moins on le voit, mieux Toulalan va. C’est la vie qu’a ainsi décidé de mener l’un des plus grands mystères du football français de ce siècle, dont l’entourage avoue qu’il est aujourd’hui incapable de citer les noms des joueurs de l’effectif du FC Nantes. Rien de surprenant: Jérémy Toulalan n’a jamais été aussi à l’aise que proche des siens, loin des caméras et des micros d’un foot pro dans lequel il n’a jamais été à son aise, sauf quand le ballon se mettait à rouler.
Par Maxime Brigand et Ronan Boscher, à Nantes et ses alentours