Intense, instinctif, il avait fait de sa sensibilité une force. Capable de faire surgir la lumière de chacun de ses personnages, même les plus sombres. Oscarisé à 42 ans, cet ancien des marines avait enchaîné les films avec la boulimie des comédiens courtisés sur le tard. Du Lex Luthor de « Superman » à l’avocat de « La firme », en passant par « Conversation secrète », il était devenu l’antistar que Hollywood s’arrachait, avant de prendre sa retraite, en 2008. C’est à Santa Fe, dans leur villa, qu’il a été retrouvé mort à 95 ans avec sa femme, Betsy, le 26 février. Acteur malgré lui d’un thriller dont on ne connaît pas encore le dénouement.
C’est une immense maison construite en adobe, cette argile séchée au soleil typique des « pueblos », les villages du Sud-Ouest américain. C’est ici, sur les hauteurs de Santa Fe, capitale du Nouveau-Mexique, que Gene Hackman habitait depuis trente ans. Il était tombé amoureux de l’endroit après avoir tourné plusieurs films dans le coin. Un choix inhabituel pour prendre sa retraite mais qui lui ressemblait, lui, l’antistar de Hollywood. Selon son ancien professeur d’art dramatique George Morrison, Gene était « solitaire, facile à vivre mais difficile à approcher, il ne cherchait pas à avoir d’amis et n’appelait jamais quand il passait en ville ». Loin des fastes de Beverly Hills, l’acteur avait ainsi racheté une vieille bicoque avec deux chambres et une vue splendide sur les collines arides. Il l’avait rénovée, embellie, agrandie, dotée de dépendances : l’ensemble est aujourd’hui évalué à près de 4 millions de dollars. C’est là qu’il vivait en reclus avec Betsy Arakawa, sa seconde femme, de trente ans sa cadette. C’est là aussi qu’ils ont été retrouvés morts avec l’un de leurs trois chiens, le 26 février, par des policiers alertés par un gardien, inquiet de ne voir personne lui ouvrir.
De notre correspondant aux États-Unis Olivier O’Mahony