Psychologies - Amélie Nothomb

La rentrée littéraire a ses rituels, le « nouveau Amélie Nothomb » en est un. L’Adolescence du perroquet, roman sur le lien, sur la violence et sur la solitude, secoue, griffe et mord par endroits. L’écrivaine, elle, nous emmène dans son antre, frôlant toujours l’étrange, avec une infinie douceur.

La pièce est petite. La porte est vitrée. Ouverte chaque jour, entre 8 heures et 9 heures, par Amélie Nothomb, et ça fait vingt-quatre ans que ça dure : l’écrivaine est l’une des rares, si ce n’est la seule, à avoir un bureau chez son éditeur, et elle y tient. Délimiter l’espace, structurer le temps, distinguer les écritures : les romans, ce sera chez elle, à partir de 4 heures du matin, et pour quatre heures au moins. Ici, ce sera le courrier. Qui s’entasse, qui s’empile, et un jour, elle en fera des « cathédrales gothiques », mais elle y répond. Toujours. Pourquoi ? Parce que. « Non, ça ne m’aide pas à me sentir moins seule, s’agace-t-elle. Non, je n’y trouve pas l’inspiration pour mes romans. C’est un geste gratuit. Je le fais, c’est comme ça. Mais c’est fou que ça interroge à ce point. » Elle s’y retrouve ? Bien sûr. « Pour moi, c’est rangé, rit-elle. En fait, entre les livres, les objets, les photos et le courrier, ça fait des couches de sédiments… Et qui sait, peut-être qu’un jour, on y fera de l’archéologie, comme dans les ruines de Troie ! » Une étincelle d’espièglerie dans le regard, Amélie Nothomb fait le tour de la table et s’installe, juste à côté d’une affiche de Gaston Lagaffe : « Voilà, Gaston et son courrier, c’est tout moi. » La voix est douce, le sourire est engageant, alors on en tente une dernière : et pourquoi pas les mails ? « Ah non, ça, je refuse ! Déjà, c’est sisyphéen, cinq heures de courrier par jour, alors vous voulez quoi, que j’implose ? Je réponds à tout, sauf aux insultes, mais c’est assez rare. En revanche, l’enveloppe, c’est la seule contrainte : vous tapez à la machine ou vous écrivez à la main, comme vous voulez, mais n’envoyez pas de mails. Je ne les lirai pas. Sinon, je ne m’arrêterais jamais. » Le téléphone portable, il n’y en aura pas non plus. « Vous vous rendez compte, j’ai été jusqu’à avoir un fixe, ici, s’amuse-t-elle. Je culpabilise très facilement. Si j’avais un portable, je serais incapable de l’éteindre et ce serait la fin de la liberté… » Cela posé, Amélie Nothomb se glisse volontiers sur notre « Divan. » Et c’est assez délicieux.

GIULIA FOÏS