Marie Claire - Marion

Entretien À propos de Marion Cotillard, on a beaucoup lu et entendu. Mais au fond, on sait peu de choses sur le rapport intime qu'elle entretient avec son métier, sa célébrité, son image. Autant de sujets que l'actrice aborde avec une singularité parfois déroutante, joliment inattendue, et toujours sincère.

On pourrait classer les rôles de Marion Cotillard en deux catégories : ceux où elle livre une époustouflante performance d'actrice (dernièrement, Little Girl Blue de Mona Achache) et d'autres, comme dans La Tour de glace*, sa deuxième collaboration avec Lucile Hadžihalilovic, vingt-et-un ans après Innocence, où elle s'en remet davantage au principe de cinégénie, devenant pur objet de lumière et de désir. Quand on lui demande ce que lui inspire cette distinction, l'actrice maintes fois récompensée, rare Française à avoir obtenu l'Oscar, naïade du cinéma à la filmographie étincelante, pousse un long soupir, l'air désolé : « Oh, là, là, je ne suis vraiment pas douée pour les classements. Je vous laisse ce plaisir… et ce talent. » Sourire. Sur la terrasse d'un grand appartement immaculé transformé en lieu de shooting, en face de la tour Eiffel, l'actrice de tout juste 50 ans nous fait l'honneur de s'embarquer dans une solide introspection – tout en s'agaçant des piqûres de moustique qui lui démangent les chevilles. « Saletés ! », peste-t-elle comme une petite fille. Mais Marion Cotillard n'est ni une diva ni une femme enfant. Preuve avec cette nouvelle prestation soufflante, encore là où on ne l'attendait pas à ce stade de sa carrière, dans ce que le cinéma d'auteur français peut produire de plus exigeant, déviant et somptueux : « Je traverse une phase où j'ai besoin de travailler avec des réalisateurs qui ont cette espèce de nécessité vitale de mettre en scène des histoires. » La voici donc dans le rôle d'une star de cinéma toxique incarnant la Reine des neiges (l'héroïne du conte d'Andersen), quand elle n'est pas entièrement absorbée à jalouser, puis à détruire sa jeune doublure (la révélation Clara Pacini). Avec sa couronne en cristal, ses cheveux blond platine et sa robe lamée en argent, l'ex-Môme fait irrésistiblement penser à Delphine Seyrig dans Peau d'âne. « Je le prends comme un beau compliment, c'était une merveille de femme. » Ça tombe bien, « merveilleuse » est un mot qui lui va aussi comme un gant.

Emily BARNETT