Indications de migrations chez les cétacés, prénoms chez les éléphants… Depuis quelques années, les scientifiques utilisent l’intelligence artificielle pour combiner les données mondiales sur la langue animale. Avec pour ambition de mieux la décoder, dans l’espoir de sauver la biodiversité.
Cette scène a été observée dans plusieurs forêts de la planète. Bien calée sur sa branche, une maman orang-outan épouille tranquillement son petit dernier lorsque de furtifs craquements attirent son attention. Elle impose illico le silence à son bébé tandis que surgit un tigre juste au pied de leur arbre. Le félin s’attarde un peu avant de poursuivre sa route. La mère se tait toujours : elle attend que le prédateur soit loin avant d’expliquer à sa progéniture le danger qui vient de les frôler. «Ce qui est incroyable, c’est que la mère explique la situation à son petit une dizaine de minutes après le passage du tigre. Donc elle lui parle au passé !» Expert en informatique fondamentale et en apprentissage automatique, Olivier Pietquin ne cesse de s’émerveiller tandis qu’un coin du voile se lève sur la communication animale. «Les orangs-outans ne semblent pas les seuls à parler au passé, ajoute-t-il. On pense que les dauphins communiquent entre eux à propos de congénères disparus. En d’autres termes, ils évoquent leur mémoire.»
Par Sarah Finger