Il est unanimement reconnu comme l’un des plus grands talents musicaux du XXIe siècle. Sorti il y a dix ans, son album Blonde a été sacré parmi les disques les plus importants de l’Histoire, aux côtés de ceux des Beatles et de Stevie Wonder. On le présentait comme le nouveau Michael Jackson. Et puis plus rien. Depuis presque une décennie, dont une bonne partie passée à batailler contre l’industrie musicale, Frank Ocean a disparu des radars. Est-ce le signe d’un artiste enfin libre? Ou celui d’un homme isolé de tous?
Ca ne dure qu’une poignée de secondes. Et c’est énorme. La vidéo, publiée sur Instagram il y a quelques semaines, montre un homme déambulant le long d’un trottoir à Tokyo. Chemise bleu clair jetée sur les épaules, AirPods plantés dans les oreilles et casquette vissée sur le crâne, il échange un regard et un sourire avec la personne derrière la caméra, avant de poursuivre son chemin tranquillement. Une scène tout à fait banale, sauf que l’homme en question s’appelle Frank Ocean. Résultat: 40 millions de vues seulement quelques minutes après publication et, dans les commentaires, tout un monde qui s’emballe, s’émeut, se réjouit de cette apparition fugace. Il faut dire que c’est celle d’un fantôme à bien des égards: cela fait désormais six ans que Frank Ocean n’a rien sorti, une éternité dans l’industrie musicale. Et encore, il ne s’agissait que de deux singles, Dear April et Cayendo. Le dernier vrai album date, lui, de 2016. C’était Blonde, le disque qui l’a définitivement installé parmi les artistes majeurs de ce début du XXIe siècle. Sa dernière apparition en public remonte elle aussi: en avril 2023, Frank Ocean devait se produire deux fois en clôture des deux week-ends du festival Coachella. Il est arrivé avec une heure de retard au premier show, a fait fondre l’immense structure de glace sur laquelle devaient performer des patineurs artistiques. Et n’a jamais honoré la seconde date, prétextant une blessure à la jambe.
PAR VICTOR JEZEQUEL, À LOS ANGELES