Effacement progressif du désir ? Les tatouages tendent en tout cas à disparaître des corps qui les exhibaient fièrement. Les célébrités ont ouvert la voie, des anonymes les ont suivi, et un business juteux s’est enclenché, celui de l’effacement laser. Que se passe-t-il quand l’art du permanent devient une lubie éphémère ? Enquête, témoignage et constat, sur fond de peau qui brûle.
LE PLUS ÉPROUVANT dans le processus de détatouage, au-delà de la douleur persistante et des deux longues années nécessaires avant d’en constater les effets, c’est peut-être ce bruit si particulier que fait le laser en passant sur la peau : un crépitement sec, effrayant. Pendant la séance, on recommande même aux patients de porter des lunettes de protection, car sous l’effet de la peur, ils ferment souvent les yeux. Et quand ils ne peuvent pas voir ce qu’il se passe, leur imagination, amplifiée par le son, leur donne l’impression d’être le personnage principal d’une terrible scène de mutilation.
PAR CARRIE BATTAN PHOTOGRAPHE HANNAH KHYMYCH STYLISTE HALEY GILBREATH